Bof ... Bof ...
A vrai dire le seul instant pas "bof" depuis bientôt plus d'une semaine c'est quand j'ai vu *R* hier.
Pas blasée, pas soulée, pas la tête ailleurs, pas gros sur le coeur.
Vivre au jour le jour.
Première et dernière fois que je le verrai, monsieur habite en Alsace.
Il est gentil en plus.
Cet après-midi, dans le metro, l'inconnu qui est descendu de la ligne 4 à montparnasse bienvenu, l'inconnu du reflet dans la vitre, je vois son dos s'éloigner. Et le plus bel homme que j'ai jamais vu avec. Pourtant je n'ai plus cette étincelle au fond du coeur qui me fait regretter de ne pas lui avoir adressé un mot... J'y pense juste... Vide. Parce que de toute façon, derrière son visage d'ange, il y a vraiment quelqu'un... Et je ne crois plus qu'il existe encore quelqu'un qui puisse changer ma vie... Sans la blesser... Et quand bien même il existerait une telle personne, ce serait moi, qui blesserait la sienne, de vie... Les êtres humains ne sont-ils faits que pour se détruire? Peut-être...
Les rencontres sont le fruit du hasard, et si le hasard fait mal les choses pour nous, on ne rencontre sans doute jamais plus de 10% de ceux qui auraient pu changer notre vie, dans une ville comme Paris. Parfois les chemins refusent de se croiser... Face à cela faut-il toujours chercher à semer le sable pour joindre les deux routes? Peut-être... Mais alors il faut admettre que les rencontres ça marche pas comme ça, au gré du destin, il faut forcer les choses, les belles histoires mentent donc toutes. Les rencontres ça n'existe pas. Ca n'existe plus...
20h58 je traverse la rue.
En face, la terrasse d'un café qui fait presque un angle sur le carrefour de montparnasse à Paris. Assis à une table, parlant avec une fille je, crois, un jeune homme qui semble joli, les yeux clairs et les cheveux sombres un peu bouclés. Deux secondes et je le reconnais. Horreur. Je détourne vite le regard et ramène mes cheveux derrière mon visage. Obligée de passer à côté de sa table pour rejoindre mon arrêt de bus. Heureusement, celle-ci est du côté où mes cheveux cachent mon visage, je crois qu'il ne m'a pas vue. Je marche vite sans regarder sur ma gauche... J'ai mal. Mal au coeur, mal àla vie, mal à avant, mal à la solitude. Mal à ce garçon qui ne m'a jamais rappelé. Ce garçon parmi tant d'autres.
Quand on se cache pour éviter quelqu'un qu'on a vu qu'une nuit dans sa vie, il y a des mois auparavant, peut-être que c'est à ce moment-là qu'il faut se dire que quelque chose est allé de travers...
21h17 j'arrive sur le Champ de Mars, j'aperçois ceux qui partageront ma soirée, je me dirige vers eux mais juste avant, sur la pelouse, mon regard croise un visage. Je ne le reconnais pas tout de suite, machinalement je regarde à nouveau et le regard extérieur vient à son tour croiser le mien sans vraiment le faire. Tout les deux on sait qu'on s'est vus. J'hésite alors à dire bonjour mais comme il ne se retourne plus et regarde ailleurs tout en ayant écrit sur le visage "je te vois", je passe mon chemin. Cinq minutes plus tard, alors que j'ai rejoint les autres, tout le petit groupe composé du seul gars et d'au moins dix filles se retournent et me regardent. J'aimerais disparaître à cet instant. Deux rencontres à mourir en moins de vingt minutes. Le frêre à une amie qui m'avait invitée à une soirée où la nuit est passée avant que je ne parte en douce à 7 heures du matin, pour ne pas avoir à affronter le mépris d'un de ses amis avec qui j'ai dormi.
Mon passé en pleine figure, ces hommes ingrats pour une femme ingrate qui a voulu oublier son coeur...
.. qui a su revenir aujourd'hui et qui se sent seul... Seul à en crever... Au milieu des autres je suis assise par terre dans l'herbe un peu humide... Eux sont debouts, ils parlent entre eux, ils rient, ils crient, ils boivent... Ils sont heureux ils s'aiment et je les envie... Je les envie... Et j'ai mal au ventre... Je suis pliée en deux...
22h43 je prends mon sac et je m'en retourne chez moi en regardant le sol... *G* tente de me raccompagner à l'arrêt de bus mais son portable sonne sans cesse et alors qu'il me dit qu'il doit partir en me promettant de me rappeler, en me disant qu'on doit parler, etcaetera, son portable se met à sonner. C'est une chanson triste et l'espace de quelques secondes, je me croirai en plein film... Sur la place d'Ecole Militaire à Paris, face à quelqu'un comme les autres qui ne sait rien de moi...
Seule je m'en retourne à l'arrêt de bus en regardant le sol... Face à moi les jeunes viennent en masse, ils sont nombreux, ils sont entre eux et mon chemin ne croise pas le leur... Assise seule à l'arrêt de bus, les lumières de Paris transcendent la nuit et les jambes dans le vide je me souviens de ce matin-là où je suis rentrée chez moi en prenant le premier bus, après avoir laissé la porte ouverte parce qu'elle ne se fermait pas, et derrière elle, ce garçon qui je le savais allait me mépriser demain, quand il se réveillerait, encore plus que la veille, quand il m'a dit que maintenant, il allait dormir dans le lit d'à côté...
Je suis triste, je suis seule, seule au monde, personne à qui parler et j'ai envie de pleurer sans jamais verser une larme...
Je pense à *R*, je pense à l'inconnu du metro de cet après-midi, à tous les autres qui auraient pu changer ma vie et que je ne connaîtrai jamais... Et j'en ai marre d'être seule...
Encore un peu, je l'ai mérité, je le dois...
Peut-être qu'au bout d'années de solitude, j'arriverai de nouveau à aimer descemment?